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Masse critique : Sous des cieux étrangers de Lucius Shepard

Ma participation à Masse Critique se fait donc sur le recueil Sous des cieux étrangers de Lucius Shepard aux éditions du Belial paru en 2010. Masse Critique est une opération organisée régulièrement par le site Babelio. Des éditeurs offrent des livres à des blogueurs qui en font une critique qui est mise en lien sur Babelio.

On notera le travail très intéressant du Belial, maison indépendante, qui publie une dizaine de livres par an dans le domaine de la littérature de l’imaginaire et édite la revue Bifrost. Le Bélial est très novateur, notamment dans le domaine des livres numériques.  Au fait, merci pour le livre !

Je ne connaissais pas ce bonhomme. Lucius Shepard est un baroudeur américain barbu à lunettes. Grand voyageur, il est passé en Europe, a été vendeur à la sauvette dans les rues du Caire. Journaliste freelance durant la guerre du Salvador en 1981-1982, il garde un attachement et une connaissance aigus de l’Amérique Centrale. Ce sera le sujet de certaines de ses fictions mettant parfois en scène la difficile entente entre cultures occidentale et hispanique. Shepard a écrit des nouvelles, romans et essais depuis les années 1980. Il est réputé dans le milieu SF indé. Ce recueil comprend cinq nouvelles. Certaines sont inédites en français, d’autres ont été déjà publiées en français comme Radieuse étoile verte publié dans la revue Bifrost.

Et surtout ne prenez pas peur en découvrant la couverture. N’ayant lu dans ma vie de lecteur que les classiques dans ce domaine comme K.Dick, Lovecraft et Orwell, j’avais des clichés en tête, effrayé par les sabres lasers et les korrigans. Les clichés, c’est pas bon.  Shepard développe une écriture qui transcende tous les canons de la littérature de l’imaginaire et démet à coup de masse saucée rock’n roll les portes qui séparent ses différents genres. Effectivement, entre Dead Money narrant l’histoire de morts-vivants utilisés pour jouer au poker et Radieuse étoile verte où un personnage, travaillant dans un cirque post-contemporain fait face aux mensonges et à la manipulation qui entourent sa vie alors qu’il est en pleine crise d’ado, rien à voir. Bernacle Bill le Spatial, la première nouvelle, a reçu un beau prix le Hugo en 93, classique de la SF. J’ai regardé sur Wikipedia comme Houellebecq. Le genre de celle-ci peut se définir comme du Space Opéra et ça raconte l’histoire d’un gendarme des étoiles qui prend sous sa protection un benêt tricard sur la station, personnage très touchant et visionnaire. J’ai un faible pour les deux dernières nouvelles qui se rapprochent beaucoup plus du réalisme magique, Limbo et Des étoiles entrevues dans la pierre.

Limbo, c’est l’épisode de la vie d’un bandit en cavale constante pour échapper à ses ennemis mafieux. Il s’installe au bord d’un lac, dans une résidence de chalets paisible. Shellane est un colosse solitaire, très réfléchi et sûr de lui qui va devoir affronter  la grandeur des sentiments et le doute face à une femme qui n’est pas ce qu’elle est. Il y a un moment où ça tourne mal. Des étoiles entrevues dans la pierre est aussi une nouvelle rock (Shepard a été musicien). Le narrateur est un producteur qui loge chez lui un musicien talentueux et en même temps complètement pervers et sociopathe qui n’est finalement qu’un symptôme d’une crise éruptive d’inspiration et de talent touchant du jour au lendemain une grande partie de la ville. Ce qui paraît réel, le talent, devient le produit d’une réalité autre.

Mais l’utilisation du fantastique, de l’a-normal, du para-normal n’est chez Shepard que prétexte. Il n’ y a pas volonté de s’inscrire dans une tradition. Il confesse d’ailleurs qu’il ne lit jamais de SF. Il s’agit avant tout de mettre en scène le doute, l’impossibilité pour ses personnages de se construire des convictions nécessaires pour vivre en ayant confiance, en la vie, en leur entourage. La suivi d’un des personnages notamment à travers le je amène à cette impossibilité de croire qui se traduit dans des personnages duplices dont le narrateur ne sait ni d’Eve ni d’Adam si leurs intentions sont bonnes, s’ils sont ce qu’il nous paraît. Les personnages ne savent pas qui ils sont vraiment. La réalité est constamment faussée, entre mort et vie, entre bonheur et malheur, entre réalité et fiction. La vie devient fiction. On se raconte pour vivre. C’est donc un plaisir de lecture, haletant et touchant. Ca ravigote !

 

10 novembre 2010 at 13 h 57 mi Poster un commentaire


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